Le prêt de salarié : une solution méconnue pour l’emploi

En difficulté financière, le producteur de matériaux semi-conducteurs Soitec prévoit de mettre 50 à 70 de ses salariés à disposition d’autres établissements grenoblois d’ici début 2013 dans le cadre d’un accord de méthode. En prêtant temporairement ses employés, l’entreprise compte alléger ses coups fixes, «préserver l’emploi mais aussi les compétences», précise Corinne Margot, DRH de Soitec. «D’un côté, nous pouvons amortir notre baisse d’activité ; de l’autre, nos salariés développent leur employabilité», se félicite-t-elle.

Encadré par la loi, le prêt de salariés peut se pratiquer entre une entreprise privée et un établissement public, sur la base du volontariat et sans but lucratif: l’entreprise emprunteuse paye le montant exact du salaire des employés qu’elle reçoit et celle qui les prête ne doit en retirer aucun bénéfice financier.

Renault a également opté pour le prêt de salariés mais uniquement en interne. «1200 personnes sont actuellement détachées sur les différents sites du groupe pour une durée très variable, entre un mois et un an», explique-t-on chez le constructeur automobile, qui est plongé dans un cycle de négociations avec ses syndicats pour rendre ses usines plus compétitives. La mobilité externe n’est en revanche pas à l’ordre du jour, bien que cette mesure soit inscrite dans l’accord de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (Gepec) signé en 2011 avec les syndicats du groupe. «Pour le moment, on parvient à rééquilibrer les effectifs en intragroupe donc la mobilité externe n’est pas une piste de travail», ajoute-t-on.

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Des techniciens travaillent à Crolles, dans «salle blanche» de l’unité pilote de recherche et de développement en nanoélectronique de «Crolles 2», développé par STMicroelectronics, Freescale Semiconductor et Philips. En temps de crise, des entreprises peuvent mettre leurs salariés à disposition d’autres établissements pour éviter un plan social. Une alternative que l’entreprise Soitec réitère même si elle est une des rares à le faire en France.

Crédits photo : JEAN-PIERRE CLATOT/AFP

Un dispositif méconnu
Le chimiste Rhodia, les fabricants de puces électroniques STMicroelectronics, Freescale ou encore Soitec sont les rares entreprises à avoir tenté l’expérience en prêtant réellement leurs employés à des entreprises extérieures. « L’outil n’est pas utilisé car il est mal connu, explique Olivier Bony, consultant RH à l’agence de développement des organisations et des individus, qui met en relation des PME souhaitant se prêter de la main d’œuvre. Les entreprises sont réticentes vis-à-vis du dispositif car elles s’interrogent: est-ce que mon salarié va revenir? Est-ce qu’il ne va pas avoir l’impression que je l’abandonne? A qui puis-je le prêter? ».

«Sur le papier, l’idée paraît géniale mais ce n’est pas certain que la mise en œuvre soit si simple, analyse Damien Leblond, directeur associé du cabinet de recrutement Selescope. Il faut que les entreprises qui se prêtent des salariés soient dans la même région. La question du secret professionnel se pose aussi. En général, vous prêtez vos salariés au concurrent», rappelle-t-il.

Une réintégration stressante pour les employés
Ce n’est pas la première fois que Soitec prête une partie de sa main d’œuvre. En 2009, 19 salariés avaient travaillé pendant 18 mois au Commissariat de l’Energie Atomique (CEA) à Grenoble et avait permis d’économiser 700.000 euros à l’entreprise. Les deux entités se connaissaient bien puisque Soitec était à l’origine une petite start-up du CEA. «Cela a donc bien facilité le prêt de salariés», commente Fabrice Lallement, délégué syndical CGT Soitec. «Mais le plus difficile a été la réintégration des employés, confie-t-il. Ils devaient retrouver un poste équivalent chez Soitec mais pouvaient très bien changer de service ou de manager, une éventualité qui les a beaucoup stressés».

Les 50 à 70 candidats destinés à quitter leur poste ignorent encore dans quelles entreprises grenobloises ils seront affectés. Pourtant, « ils sont nombreux à avoir déjà postulé, constate Fabrice Lallement, car l’intérêt est de pouvoir changer d’environnement et de découvrir une nouvelle entreprise».

source : L’article original publié par le Figaro Economie et rédigé par Caroline Piquet