Osez « Ressources Humaines » de François Rajaud

Il y a encore bon nombre de contempteurs de l’appellation « Ressources Humaines ». De manière étonnante ils dirigent tous leur effarouchement de salon sur le premier vocable, s’indignant que l’on puisse traiter de « ressource » une femme ou un homme : « − Non, l’homme n’est pas une ressource ! » ; « − Non, on ne peut pas exploiter les salariés comme on exploite une ressource ! » ; « − Il ne faut pas s’étonner de ce qu’on voit, avec une telle conception des salariés ! » ; etc. Et donc certains tentent de lui substituer un autre mot en R : « Relations », « Richesse ». À la limite pourquoi pas ? car ce sera toujours moins pire que « Capital ». « Capital Humain »… Nous voilà passés d’un état de ressources avec sa promesse de contribution active, au passif d’un bilan avec comme seule latitude une augmentation en unités ou une diminution de capitaux (propres ? sociaux ?). Triste, non ?


Depuis trente ans pourtant l’appellation « Ressources Humaines » remplace l’appellation « du Personnel ». Non sans timidité au tout début : « Direction du Personnel et des Ressources Humaines ». Avec des tâtonnements encore aujourd’hui : « Direction des Relations et des Ressources Humaines » ; « Direction de la Richesse Humaine ». Depuis une trentaine d’années des DPRH, des DRRH, des… DRH essayent surtout dans leurs pratiques de donner du corps au « H » du dernier vocable. Ils s’efforcent avec leurs équipes d’encourager l’humain dans les relations professionnelles, ce qui n’est pas toujours une évidence.

Peut-être trop peu nombreux, ils sont convaincus néanmoins que le propre de l’humain, au sens individuel et collectif, réside aussi dans sa capacité à pouvoir se ressourcer lui-même. Loin de s’épuiser à l’instar d’une ressource naturelle, une ressource humaine peut en effet prospérer dès lors que les conditions le lui permettent. C’est précisément parce qu’elle est humaine que dans un cadre humain elle peut être une ressource, pour elle-même − et pour l’organisation dans laquelle elle évolue. Étant une ressource pour elle-même, elle n’est donc pas en soi matière première exploitable et épuisable. En revanche dans un contexte peu humain elle risque de s’étioler voire dépérir.


À l’heure des RPS et de pratiques qui assèchent, tarissent, brisent, il faut oser « Ressources Humaines ». Et passer moins de temps à gloser sur le premier mot remisant ainsi le second, alors que celui-ci procure toute sa richesse à celui-là.


François Rajaud